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Traitement chirurgical d'un séquestre cornéen chez un chat Himalayen

Traitement chirurgical d’un séquestre cornéen chez un chat Himalayen

 

Franck OLLIVIER

Docteur Vétérinaire, Diplômé ACVO et ECVO

Animal Eye Doctor

www.animaleyedoctor.fr

 

 

Un chat himalayen, femelle stérilisée de 3 ans nous a été présenté a cause d’un blépharospasme et d’un écoulement oculaire importants au niveau de l’œil droit depuis plusieurs jours. Selon les propriétaires un écoulement était présent depuis plusieurs années a droite mais n’a jamais été traité. Le vétérinaire traitant a observé une plaque brunâtre au niveau de la cornée et prescrit une pommade antibiotique avant de référer le chat.  

 

L’examen ophtalmologique a révélé au niveau de l’œil droit, un blépharospasme, un écoulement muqueux brun, un chemosis, une hyperhémie de la conjonctive bulbaire et palpébrale, une plaque opaque noirâtre en région para-centrale de la cornée couvrait 10-15% de la surface cornéenne et atteignait au moins 30% de son épaisseur (Figure 1). La coloration à la Fluorescéine était positive avec une rétention du colorant de façon discrète aux marges de cette plaque et sur une petite surface de 4 mm de diamètre adjacente à la lésion (Figure 1). Le reste de l’examen de l’œil droit ainsi que de l’œil gauche était non remarquable.

 

 

Les diagnostics différentiels d’une lésion pigmentée de la cornée comprend le séquestre cornéen, le dermoide cornéen, une tumeur/néoplasme (mélanome du lime), une kératite pigmentaire, une hernie de l’iris et un corps étranger cornéen. Cependant, l’anamnèse et les signes cliniques ont très rapidement orienté notre diagnostic vers le séquestre cornéen.  Le bilan sanguin était dans les normes et un test PCR pour le virus de l’Herpes Félin  type 1  (HVF-1) s’est révélé négatif.

 

Nous avons recommandé l’exérèse chirurgicale par une kératectomie lamellaire du  séquestre cornéen  en raison de la chronicité du problème oculaire, de la douleur importante présente  et de la profondeur déjà significative de la lésion au sein du stroma cornéen.  Sous anesthésie générale, l’épithélium cornéen non-adhérent a été débridé, l’exérèse du séquestre réalisée, laissant une perte de substance de 5 x 4 mm , atteignant 50% de l’épaisseur de la cornée. Une transposition cornéo-conjonctivale (TCC) a été ensuite réalisée pour couvrir la perte de substance, cette technique étant préconisée pour les pertes de substances cornéennes des petites et centrales car les résultats obtenus sont plus esthétiques et fonctionnels (visuel). En effet, la TCC laisse une cicatrice cornéenne bien moins importante qu’une greffe de conjonctive.  Un volet de cornée, de limbe et de conjonctive de la région dorsale à la perte de substance a donc été disséqué et transposé ventralement. Ce volet a été suturé avec du Vicryl 8-0, points simples.

 

Le traitement post-chirurgical consista en l’administration d’anti-inflammatoires non-stéroïdiens (meloxicam 4 mg/kg, per os une fois par jour pendant 7 jours ) pour contrôler la douleur et l’inflammation, d’une association topique d’antibiotiques (pommade neomycine-polymyxine-bacitracine (appliquée 3 fois par jour pendant un mois) a titre préventif et d’une pommade hypeosmotique (chloride de sodium 0.9%, appliquée 2 fois par jour pendant 3 semaines) pour limiter l’œdème de cornée et le port d’une collerette pour éviter l’automutilation (24 heures sur 24 pendant 3 semaines).

 

Le séquestre excisé a été soumis pour une analyse histo-pathologique. Une nécrose très importante du stroma cornéen en présence de bactéries Gram positive  et d’une inflammation suppurative périphérique ont ainsi été mises en evidence (Figure 2).

 

Quinze jours après la chirurgie, un écoulement brun très modéré était présent mais il n’y avait plus de blépharospasme, le greffon était vascularisé et bien adhèrent à la cornée modérément œdémateuse aux marges du greffon. Il n’y avait aucune évidence de récidive du séquestre. La coloration a la fluorescéine était négative. Un mois post chirurgie, l’animal était très confortable et la cornée de l’œil droit était très similaire à ce qu’elle était lors du dernier examen avec cependant un œdème cornéen moins dense (Figure 3).

 

 

L’examen de l’œil droit lors du contrôle a 6 mois révéla un greffon très clair, surtout au centre de la cornée, la présence de quelques vaisseaux au limbe et l’absence de nouvelle zone pigmentée. Une ligne blanche, correspondant a la jonction conjonctivo-cornéenne qui a été transposée ventralement en direction du centre de la cornée durant la chirurgie était toujours visible. Il n’y avait plus de blépharospasme ni d’écoulement brun. La réponse à la menace était présente et les propriétaires n’ont jamais observé de déficits visuels (Figure 4).

 

 

 

 

Discussion

Le séquestre cornéen félin est une pathologie oculaire commune qui est caractérisé par une pigmentation brunâtre de la cornée avec fréquemment un écoulement de même couleur. Cette pigmentation peut être plus ou moins intense et elle peut s’accompagner d’un œdème et de vascularisation cornéens. Cette pathologie est considérée comme unique au chat mais elle a été décrite chez le cheval à 2 reprises et une fois chez le chien. Le séquestre peut se développer rapidement ou rester statique. Cette pathologie est généralement unilatérale et certaines races de chats semblent prédisposées (Persan, Himalayen).

La pathogénie de cette maladie de la cornée n’est pas très bien établie. Des pathologies entrainant un traumatisme de la cornée ou une irritation chronique de celle-ci comme la brachycéphalie, les pathologies des annexes de l’œil, des anomalies du film pré-cornéen, des kératites herpétiques (dues a HVF-1) ont été fortement suggérées comme des facteurs prédisposant au séquestre. Il est généralement accepte que le séquestre est une séquelle d’un atteinte du stroma cornéen

Il y a différente approche thérapeutique du séquestre  cornéen ; du traitement médical conservateur dans les cas ou le séquestre est plus superficiel et la douleur moindre, au traitement chirurgical dans les cas ou le séquestre est plus profond et la douleur plus importante. Les traitements médicaux peuvent inclure des larmes artificielles, des lentilles de contact thérapeutiques, des collyres d’interférons alpha-2b, antibiotiques, ou anti-viraux. La guérison est généralement plus lente a obtenir avec un traitement médical qu’avec un traitement chirurgical. Les traitements chirurgicaux  du séquestre qui ont été décrits sont variés mais les kératectomies lamellaires avec ou sans greffe sont les procédures les plus fréquemment effectuées. Un risque de récidive de la pigmentation/nécrose est possible mais semble moindre si une kératectomie est suivie d’une greffe. Les greffes décrites dans ces cas la sont : des greffes autologues (dans le cas de la TCC), des greffes de biomatériau, des greffes de conjonctive.

Un traitement chirurgical a été recommandé dans ce cas précis a cause du degré de la douleur observée et de la profondeur, et de la taille de la lésion cornéenne. Parce que le séquestre dans le cas de ce chat était relativement petit, il a pu être complètement excisé, une TCC  a été réalisée. Ceci permis d’obtenir une cornée plus esthétique (moins de cicatrice) et une meilleure fonction visuelle en comparaison aux résultats obtenus apres réalisation d’une greffe de conjonctivale

 

 

Une autre manière chirurgicale de traiter le séquestre cornéen:

la keratectomie suivie d'une greffe de bio-materiau (ici du Biosyist):

 

Vues per-opératoires:

 

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Vues une semaine après la chirurgie:

 

VETOPEDIA
Fiche conseil


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